La multiplication des conflits

Conflit opposant les 2 enfants, qui sert d'intrigue à la pièce

Choc de la rencontre entre 2 univers familiaux bourgeois mais situés à des pôles distants (bourgeois conservateurs et bourgeois bohème)

 Conflit entre les deux femmes. Il porte sur l’éducation des enfants. Alors que le début montrait que chacun essayait d’arrondir les angles, Annette/Nancy s’oppose à Véronique/Penelope en lui faisant remarquer qu’elle décidera de réprimander son fils à sa façon sans se laisser dicter sa conduite par quelqu’un d’autre.

 Conflit entre Penelope  / Véronique et Alain/ Alan . Ce conflit est sous-jacent à tout le film. Il est marqué par l’opposition entre nature et culture. Véronique est la femme du dialogue, des droits de l’homme, celle qui croit aux vertus de la parole pour désamorcer le conflit. Alain croit, lui “au dieu du carnage”, c’est-à-dire à la loi du plus fort. Lorsque Véronique dit qu’elle est pas“d’accord avec cette liberté”, Alain lui répond avec ironie “Ce n’est pas vrai ! Continuez.” Il jubile, car Véronique rentre en contradiction avec ses propres principes.

 Conflit entre les époux Houillé. Scènes de ménage: le hamster/ la vie conjugale/ le pessimisme de Michel/ le culte du "politiquement correct" de Véronique

 Conflit entre les époux Reille. Il porte sur le téléphone portable et la place de femme à la maison. Annette se révèle alors. Elle quitte son rôle jusque-là assez effacé et dit toute sa frustration à son mari qui passe son temps au téléphone, ne pense qu’à son travail et n’a pas de temps pour sa famille

  • Conflit entre les conceptions de l’existence qui s’affrontent au travers de Véronique/Penelope et d’ Alain/Alan. Pour Véronique/Penelope, qui est symbolisée par le personnage de Jane Fonda, l’homme est un être de culture qui est supérieur à l’animal et qui doit dominer ses instincts par l’éducation, l’art et la culture. Alain/Alan, qui est symbolisé par John Wayne, croit au Dieu du carnage («Moi je crois au dieu du carnage. C’est le seul qui gouverne, sans partage, depuis la nuit des temps. ») Pour lui, l’homme est un loup pour l’homme, et la gentillesse est un signe de faiblesse
  • Usage violent des objets : Le téléphone portable d’Alain qu'Annette jette dans le vase
     Le bouquet de fleurs de Véronique qu'Annette renverse sur la table
     La boîte à cigare de Michel que Véronique renferme violemment et dont elle s’empare
     La bouteille de rhum qu'on aggrippe tour à tour 
     Le sac à main jeté à terre .

 

 

 

Le Dénouement : 

La leçon du film

La fin du film est du pur Roman Polanski. Trois plans successifs viennent clore cette histoire :  - Le téléphone portable que l’on croyait détruit se remet à sonner - Le hamster que l’on pensait mort est vivant - Les enfants qui s’étaient disputés se retrouvent dans le parc et semblent s’être réconciliés. Ils tiennent un objet dans leur main : un téléphone portable ? 

La fin est délibérément ambiguë. Personne ne sort véritablement vainqueur de l’affrontement. La fin souligne l’inutilité du rendez-vous entre les adultes et le fait que, malgré tout, la vie reprend ses droits. Si le conflit fait partie de la vie, il n’est pas pour autant définitif. Certains ont survécu au carnage…N’est-ce pas ce que les psychanalystes appellent la résilience ?

 

En rajoutant ces deux plans, Polanski change assez profondément le sens de la pièce de Yasmina Reza. Dans celle-ci le mot de la fin était donné à Michael qui prononçait un "Qu'est-ce qu'on en sait" nihiliste après le match de boxe moral auquel s'étaient livré les quatre personnages qui les avaient laissés tous les quatre KO. Véronique Houillé avait préalablement rassuré sans y croire elle-même sa fille sur le sort du cochon d'inde.

Si la possibilité d'une fin positive était ménagée par la phrase ouverte de Michel, la tonalité restait néanmoins celle d'une victoire du dieu du carnage. Polanski termine son film sur la réconciliation des enfants alors que les parents se sont battus sans que rien d'important ne se soit passé. Contrairement à la pièce, le téléphone d'Alan se remet même à marcher. La bataille des adultes apparait d'autant plus dérisoire par rapport à la capacité des enfants à effacer les traumatismes pour retrouver un nouvel élan amical. C'est moins la victoire du dieu du carnage que la bêtise du carnage qui est pointée.

On sort ainsi du film dans un autre état d'esprit que celui de la pièce. D'un KO général un peu dérisoire, on passe à une confiance dans la vie à réparer les blessures face aux confits souvent bien dérisoires qui agitent nos vies.

LES DIFFERENTS TYPES DE COMIQUE DANS LE DIEU DU CARNAGE

 

Le comique de mot : quand le comique réside sur ce qui est dit : déformation, patois, excès de termes techniques ; hyperboles ; jeux de mot. 

Les diminutifs ridicules dont les couples s'affublent (Toutou/ Darjeeling)

P62, le cumul de lexique d'expert militaire "grenade-launcher" mais aussi plus tôt la complainte sur le "Kokoschka" abîmé.

Le comique de situation : il ne découle pas du personnage, ni des mots, mais de la situation dans laquelle se trouve un personnage. C’est en particulier le cas pour :
Quiproquo : prendre une personne pour une autre, prendre une situation pour ce qu’elle n’est pas, malentendu.
Cachette : un personnage assiste à une scène à laquelle il ne doit pas assister.
Arroseur-arrosé : le farceur devient la victime.

Quiproquo : Mère de Michel qui prend Alain pour un médecin au téléphone.

Absurde : le jeu du séchoir à 2 reprises utilisé par Mickael pour sauver livres ou portable.

Le comique de geste : c’est la forme la plus traditionnelle, il s’appuie sur des gestes. Il peut s’appuyer sur le texte, ou l’enrichir par les créations des acteurs ou de la mise en scène. Il peut être lié à l'interprétation par le comédien de certaines didascalies.

Les vomissements d'Annette ( "Annette crache dans la cuvette" "ça va ? / Parfaitement.)
Le téléphone jeté dans le vase de tulipes
Le sac à main piétiné

Le comique de caractère : c’est le caractère même du personnage qui est drôle. Dans sa forme farcesque, on a des personnages caricaturaux , dans une forme plus subtile il apparaît par des leitmotiv qui montrent les obsessions, ou des contradictions internes :
tous les personnages sont caricaturaux chez Reza , à commencer par l'humanitaire Véronique qui prêche pour la paix dans le monde mais ne peut réfréner ses instincts agressifs ; le cynique Alain dénué de tout scrupule qui tout au long de la pièce se fait sans égard pour son public involontaire l'avocat au téléphone de l'indéfendable cause de l'Antril.

Le comique de répétition : une réplique, une phrase, un geste est répété à l’envie. Il s’accompagne souvent d’un comique d’amplification.

Chez Reza, il prend souvent la forme du "running gag" : le clafoutis, le hamster, leitmotiv

Les sonneries et vibrations du portable à répétition 

Le burlesque : il naît d’un contraste entre le propos et le style employé. C’est raconter un événement épique ou tragique avec un registre de langue familier ou une anecdote familière sur une tonalité épique ou tragique.

L'affaire du hamster qui finit par envahir le débat et prend les proportions d'un crime contre l'humanité

Le comique de moeurs : lié à la peinture satirique des comportements et vices ridicules d'un groupe, d'une société, d'une instituition. Instrument de critique sociale par le rire.

A l'échelle de la pièce, c'est la satire d'un milieu "bobo", "bourgeois-bohème", qui nourrit des illusions sur elle-même mais ne se comporte pas mieux que le commun des mortels. 

Une image policée, cultivée, tolérante, ouverte, mais au fond un comportement déréglé (recours à l'alcool, à la violence, à la brutalité du langage). 

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