VATEL
Quelques noms de personnages pour vous aider :
Louis XIV
La Reine (Marie-Thérèse, fille du roi d’Espagne Philippe IV)
François Vatel, maître des plaisirs et festivités
Le Prince et la Princesse de Condé (Grands)
Le Marquis de Lauzun (Ministre)
La Duchesse de La Vallière (Maîtresse du Roi , en défaveur)
La Marquise de Montespan (Maîtresse du Roi, en faveur)
Le Duc et la Duchesse de Longueville
Colbert, Jean-Baptiste, marquis de Torcy (ministre)
Turenne (ministre)
Philippe, duc d’Orléans, dit Monsieur, frère du roi
Anne de Montausier, dame de compagnie de la Reine.
Une date : 10 avril 1671, Chantilly
LA MORT DE VATEL contée par Mme de Sévigné dans sa correspondance
LA PREMIERE LETTRE
Paris, ce vendredi au soir, 24 avril 1671, chez M. de La Rochefoucauld
Je fais donc ici mon paquet. J'avais dessein de vous conter que le Roi arriva hier au soir à Chantilly. Il courut un cerf au clair de la lune ; les lanternes firent des merveilles. Le feu d'artifice fut un peu effacé par la clarté notre amie, mais enfin le soir, le souper, le jeu, tout alla à merveille. L e temps qu'il a fait aujourd'hui nous faisait espérer une suite digne d'un si agréable commencement. Mais voici ce que j'apprends en entrant ici, dont je ne puis me remettre, et qui fait que je ne sais plus ce que je vous mande : c'est qu'enfin Vatel, le grand Vatel, maître d'hôtel de M. Foucquet, qui l'était présentement de Monsieur le Prince, cet homme d'une capacité distinguée de toutes les autres, dont la bonne tête était capable de soutenir tout le soin d'un État ; cet homme donc que je connaissais, voyant à huit heures, ce matin que la marée n'était point arrivée, n'a pu souffrir l'affront qu'il a vu qui l'allait accabler, et en un mot, il s'est poignardé. Vous pouvez penser l'horrible désordre qu'un si terrible accident a causé dans cette fête. Songez que la marée est peut-être ensuite arrivée comme il expirait. Je n'en sais pas davantage présentement ; je pense que vous trouverez que c'est assez. Je ne doute pas que la confusion n'ait été grande ; c'est une chose fâcheuse à une fête de cinquante mille écus.
M. de Menars épouse Mlle de La Grange Neuville. Je ne sais comme j'ai le courage de vous parler d'autre chose que de Vatel.
LA SECONDE LETTRE
Paris, ce 26 avril 1671.
Il est dimanche 26 avril ; cette lettre ne partira que mercredi, mais ce n'est pas une lettre, c'est une relation -que vient de me faire Moreuil, à votre intention, de ce qui s'est passé à Chantilly touchant Vatel. Je vous écrivis vendredi qu'il s'était poignardé ; voici l'affaire en détail.
Le Roi arriva jeudi au soir. La chasse, les lanternes, le clair de la lune, la promenade, la collation dans un lieu tapissé de jonquilles, tout cela fut à souhait. On soupa. Il y eut quelques tables où le rôti manqua, à cause de plusieurs dîners où l'on ne s'était point attendu. Cela saisit Vatel. Il dit plusieurs fois : " Je suis perdu d'honneur ; -voici un affront que je ne supporterai pas. " Il dit à Gourville : " La tête me tourne, il y a douze nuits que je n'ai dormi. Aidez-moi à donner des ordres. " Gourville le soulagea en ce qu'il put. Ce rôti qui avait manqué, non pas à la table du roi, mais aux vingt-cinquièmes, lui revenait toujours à la tête. Gourville le dit à Monsieur le Prince. Monsieur le Prince alla jusque dans sa chambre et lui dit : " Vatel, tout va bien ; rien n'était si beau que le souper du Roi. " Il lui dit : " Monseigneur ! votre bonté m'achève ; je sais que le rôti a manqué à deux tables. Point du tout, dit Monsieur le Prince ; ne vous fâchez point : tout va bien. " La nuit vient. Le feu d'artifice ne réussit pas ; il fut couvert d'un nuage. Il coûtait seize mille francs. A quatre heures du matin, Vatel s'en va partout ; il trouve tout endormi. Il rencontre un petit pourvoyeur qui lui apportait seulement deux charges de marée ; il lui demanda : " Est-ce là tout ? " Il lui dit : " Oui, monsieur. " Il ne savait pas que Vatel avait envoyé à tous les ports de mer. Il attend quelque temps ; les autres pourvoyeurs ne viennent point. Sa tête s'échauffait ; il croit qu'il n'aura point d'autre marée. Il trouve Gourville et lui dit : " Monsieur, je ne survi-vrai pas à cet affront-ci ; j'ai de l'honneur et de la répu-tation à perdre. " Gourville se moqua de lui. Vatel monte à sa chambre, met son épée contre la porte, et se la passe au travers du cur, mais ce ne fut qu'au troi-sième coup, car il s'en donna deux qui n'étaient pas mor-tels ; il tombe mort. La marée cependant arrive de tous côtés. On cherche Vatel pour la distribuer. On va à sa chambre. On heurte, on enfonce la porte, on le trouve noyé dans son sang. On court à Monsieur le Prince, qui fut au désespoir. Monsieur le Duc [fils de Condé] pleura ; c'était sur Vatel que roulait tout son voyage de Bourgogne. Monsieur le Prince le dit au roi fort tristement. On dit que c'était à force d'avoir de l'honneur en sa manière. On le loua fort. On loua et blâma son courage. Le roi dit qu'il y avait cinq ans qu'il retardait de venir à Chantilly parce qu'il comprenait l'excès de cet embarras. Il dit à Monsieur le Prince qu'il ne devait avoir que deux tables et ne se point charger de tout le reste ; il jura qu'il ne souffrirait plus que Monsieur le Prince en usât ainsi.
Mais c'était trop tard pour le pauvre Vatel. Cependant Gourville tâche de réparer la perte de Vatel ; elle le fut On dîna très bien, on fit collation, on soupa, on se promena, on joua, on fut à la chasse. Tout était parfumé de jonquilles, tout était enchanté. Hier, qui était samedi, on fit encore de même. Et le soir, le roi alla à Liancourt, où il avait commandé un médianoche ; il y doit demeurer aujourd'hui.
Voilà ce que Moreuil m'a dit, pour vous mander. Je jette mon bonnet par-dessus les moulins, et je ne sais rien du reste. M. d'Hacqueville, qui était à tout cela vous fera des relations sans doute, mais comme son écriture n'est pas si lisible que la mienne, j'écris toujours. Voilà bien des détails, mais parce que je les aimerais en pareille occasion, je vous les mande.
Les lieux de tournage : le réalisateur Roland Joffé n'a pas lésiné sur l'utilisation des lieux de tournage. Pas moins de onze monuments historiques différents, tous situés en Ile-de-France, ont été nécessaires à la réalisation de ce film. Beaucoup de scènes ont été tournées à Vaux-le-Vicomte. Mais Gérard Depardieu, Uma Thurman, Tim Roth, les trois acteurs principaux de cette fresque historique du XVIIe siècle, se sont aussi déplacés aux châteaux de Fontainebleau, Meudon, Champlatreux, Maisons-Laffitte, Champs-sur-Marne, Guermantes, et Voisins. En réalisant, au passage, des petits détours par le musée Carnavalet, la Banque de France et l'Hôtel de Lauzun.